Les Français musulmans, dans leur ensemble, ressentent bien souvent une image d’eux-mêmes négative renvoyée par leurs concitoyens non musulmans. Que cette image négative soit produite par les médias, les discours politiques ou l’environnement social, le résultat en est la naissance et l’entretien d’un complexe d’infériorité.

Ce complexe, s’il est ressenti collectivement dans un premier temps, va toucher l’individu dans sa propre perception de lui-même. La conséquence finit par en être la dévalorisation de soi puis la perte de confiance en soi.

Les gens constituant des miroirs les uns pour les autres, nos discours, actes et comportements entrent dans le moule du regard des autres sur nous-mêmes. Les phénomènes de mode vestimentaire en sont un exemple criant. Car on ne s’identifie finalement pas en fonction de ses propres qualités, défauts, opinions et croyances, mais par l’idée réelle ou supposée que les autres ont de nous. C’est la fin de la liberté et le début de l’aliénation.

Une histoire raconte qu’un homme et son enfant montaient un âne. Ils passèrent près d’un groupe d’hommes qui dirent: « regardez ces deux-là, ils n’ont aucune pitié pour ce pauvre âne obligé de les porter tous les deux. » Le père descendit alors de l’âne.

Plus loin, un autre groupe d’hommes les aperçut et dit: « Regardez cet enfant, quelle ingratitude envers son père obligé de marcher alors que lui est confortablement installé sur l’âne. » Le père fit descendre son fils et monta alors sur l’âne.

Plus loin, un troisième groupe les vit et dit: « Regardez  cet homme, il n’a aucune pitié pour son fils obligé de marcher. » Le père descendit alors de l’âne.

Plus loin, un quatrième groupe dit: « regardez ces deux imbéciles, ils ont un âne et ne s’en servent pas de monture. » Le père dit alors à son fils: « porte l’âne de devant et moi je le porte de derrière. – Pourquoi donc dit son fils, c’est une curieuse façon de faire ! – Tu vois, mon cher fils, c’est ce qui finit par arriver à toute personne qui agit en fonction des opinions et commentaires des autres. Agis en fonction de ce que tu as toi-même l’intention de faire et non en fonction des gens. »

Cette histoire illustre parfaitement la notion de confiance en soi. Combien de fois, alors que nous étions tout près de la solution, nous avons tout simplement abandonné une entreprise ou un projet ? C’est surtout qu’il nous arrive de perdre confiance avant de perdre du temps et des efforts, avant de perdre le projet.

On raconte que Thomas Edison, l’inventeur de l’ampoule électrique, procéda à environ deux mille essais avant de réussir son invention. Un journaliste lui demande alors ce qu’il ressentait après avoir échoué deux mille fois. Thomas Edison lui dit: « Je n’ai pas échoué, il m’a fallu deux mille étapes pour faire fonctionner l’ampoule électrique, et j’ai découvert deux mille méthodes qui ne fonctionnent pas. «  On serait peut-être encore en train de s’éclairer à la lampe à huile si cet inventeur s’était arrêté au premier obstacle ou à la première remarque désobligeante…

La confiance consiste à éprouver un  sentiment de sécurité vis à vis de soi, d’autrui ou d’une situation donnée. Le tout premier besoin de l’être humain se manifeste dès les premiers instants de sa vie et perdure jusqu’à son dernier souffle: c’est le besoin de sécurité. Celle-ci procure un état de bien-être, d’ouverture et de sérénité qui amène à l’épanouissement et à l’optimisme en toute situation.

S’agissant de la confiance en Dieu, deux mots et notions sont appelés: la confiance active (tawakkul en arabe) et la confiance passive (thiqah en arabe).

La confiance dite passive (thiqat) est celle témoignée à l’égard de Dieu s’agissant des événements ou des phénomènes échappant totalement à la volonté de l’individu qui, dans l’attente et impuissant face à une situation, reste serein sachant que la décision de Dieu sera toujours un bien.

La confiance dite active (tawakkul) quant à elle, consiste à ce que l’individu, lorsqu’il prend une décision et se met à l’œuvre, compte sur Dieu pour que le résultat attendu se réalise, tout en sachant que Dieu décidera toujours le bien, même si celui-ci ne ressemble pas au résultat attendu.

Ainsi, le tawakkul ne peut exister si préalablement tout n’est pas mis en œuvre pour que le résultat attendu se produise. Cette mise en œuvre des moyens renvoie forcément à la confiance en soi. Un esprit positif est donc nécessaire, il nous permet de voir nos qualités, nos capacités et notre savoir-faire.

Ce n’est ni vanité ni prétention que de reconnaître ses propres qualités et capacités: le prophète Joseph (Youssouf) proposa au pharaon d’Egypte de prendre en charge l’économie du pays, en mettant en avant ses compétences et son intégrité morale:

« Et le roi dit: «  Amenez-le moi, je me le réserve à mon service. » Et lorsqu’il lui eut parlé, il dit: « Tu es auprès de nous en position d’autorité et de confiance. » Et Joseph dit: « Assigne-moi les dépôts du pays, je suis bon gardien et connaisseur. » (Coran 12: 54-55)

La vanité ou l’orgueil consistent, quant à eux, à considérer les autres comme mauvais ou inférieurs.

Il est donc question ni de chercher à rabaisser les autres ni à se rabaisser soi-même, ni même à se laisser rabaisser par les regards et les paroles des autres. Dieu nous a anoblis, il nous a établis comme intendants sur terre, il nous a donné liberté, responsabilité et conscience. Notre valeur individuelle doit être estimée au prisme de l’estime que Dieu nous porte.

Si nous devons avoir deux soucis principaux, ils doivent être la recherche du regard approbateur de Dieu sur nos faits et gestes, et la crainte d’être désavoué à cause de nos fautes, qui ne sont pas fatales tant que nos cœurs et nos regards sont tournés vers notre Seigneur.