C’est au dernier conseil municipal de 2017 qu’ont été proposées au débat puis mises au vote les ébauches de ce que seront dans treize années les volumes et les surfaces qui définiront la géométrie urbaine du nouvel Avignon.

Il semblerait que nous hériterions en 2030 d’une « ville cœur », d’une « ville faubourg » et même d’une «ville de fabrication». Quel vœu pieux,  à la bonne heure !

Mais les chiffres, eux, sont têtus et la réalité sociale qu’ils reflètent ne souffre d’aucune contestation. Avignon classée 14ème ville la plus pauvre de France est une « ville galère », une «ville béton » et une « ville précaire » pour les 30 % de sa population qui ont trouvé domicile dans ses quartiers les plus défavorisés !

Comment pouvoir obtenir à l’horizon 2030 un surcroît de dynamisme quand  actuellement 60% des ménages de Monclar, de Champfleury, de la Rocade Sud, de la Barbière, de la Croix des Oiseaux, de St Chamand, et de la Reine Jeanne vivent encore sous le seuil de pauvreté (Soit 977€ par mois) ?

Comment allez-vous relever cet ambitieux défi du renouveau quand la précarité à Avignon se transmet en héritage ?

« …Sur l’année scolaire 20132014, environ 4 000 élèves du premier degré étaient répertoriés dans les établissements en éducation prioritaire à Avignon représentant 45% des élèves de la ville, et environ 3 000 élèves du secondaire (collèges) en éducation prioritaire à Avignon…»

« …Le taux moyen de réussite au brevet des collèges dans les établissements accueillant des élèves résidant en quartiers prioritaires est inférieur de 10 points (soit 67%) à celui observé dans les autres collèges publics d’Avignon et du Pontet (77%)… ». (Source : Contrat de ville du Grand Avignon 2015-2020)

Avec 42% de la population des quartiers prioritaires sans diplôme contre 21% sur le Grand Avignon, c’est la spirale infernale de l’échec scolaire qui happe. C’est le cercle vicieux de la relégation qui pousse les plus jeunes à rejoindre leurs parents sur les bancs du Pôle Emploi.

Comment allez-vous la bâtir votre ville « cœur-faubourg » quand l’insécurité ne cesse d’infester le quotidien des plus vulnérables ? Plus de 26 000 Avignonnaises et Avignonnais des quartiers populaires souffrent du trafic de stupéfiants et de ses nuisances. Leurs rues sont devenues le champ militaire et opérationnel des délinquants et de leurs réseaux mafieux. Désemparés, ils n’osent pas se plaindre de peur des représailles. C’est la loi du plus désinhibé et de surcroît du mieux armé qui s’y impose !

Rien ne résiste à la lutte acharnée des clans pour asseoir leur influence sur le fructueux périmètre du deal ! Alors, on retient son souffle, on baisse le regard, on ne s’attarde plus au pied des immeubles et on s’enferme. Aucun espoir de déménagement vers un ailleurs plus paisible, pris au piège et résigné jusqu’au dégoût, on ne supporte plus cette «ville impunité ».

Rien ne pourra se réaliser si autant de souffrances, autant de peurs et de frustrations, autant d’incertitudes et de « mal vie » trouvent chez vous, élu(e)s de gauche en responsabilité depuis 2014, aussi peu de considération, de courage et de la volonté à déplacer les montagnes.

Cassez la distance et retournez auprès des oubliés. Approchez-vous de leurs doutes et de leurs angoisses. Percevez les nœuds de crispation. Jugez de la faiblesse et comprenez la fragilité. Mesurez l’espoir. Rétablissez les équilibres et ensuite, mais ensuite seulement, osez imaginer toutes les villes de vos rêves !

Sinon, au terme du mandat de Cécile Helle (probablement en 2021) et après quelques mandatures municipales achevées, nous pourrions survivre bien au delà de 2030 aux gesticulations d’un maire qui, d’inaugurations en inaugurations, ne présidera alors qu’à la destinée d’une ville restée toujours aussi pauvre pour les plus pauvres d’entre nous.

Cela écrit et publié aujourd’hui 1er janvier, je me permets tout de même de vous souhaiter une bonne et heureuse année 2018 !