Le 20 février, nous avons appris avec stupeur que la seule patinoire du Vaucluse fermera ses portes en septembre prochain. Pire, elle disparaîtra purement et simplement. Rayé de la carte et pas un vestige ne pourra alors rendre compte aux prochaines générations avignonnaises de la présence d’un Palais de la glace à St Chamand. Sur ses traces au sol, à cet endroit, s’élèvera trois immeubles de trois étages.

Le propriétaire de la patinoire Jean-Pierre Marchenay, ayant attendu en vain qu’avant la date butoir du 16 février la municipalité daigne manifester l’envie de conserver son eau congelée, a décidé de vendre à un promoteur immobilier et prendre sa retraite.

Et lorsque M. Marchenay s’est emparé des médias pour informer de sa situation, un communiqué du château municipal n’a pas tardé à fuser sur les réseaux sociaux et pour que bonne figure se fasse, celui-ci rendait compte le 22 février du plus grand intérêt du maire à pérenniser la glissade en adoptant « en conseil municipal un périmètre d’étude et un sursis à statuer sur ce quartier, ce qui signifie qu’aucun permis de construire ne sera accordé à une opération immobilière. », jusqu’à étudier « diverses possibilités d’installation d’une nouvelle patinoire, soit par une construction propre, soit par un contrat avec une société privée, soit une location-vente… ».

Ce communiqué n’a pas épargné le propriétaire en lui assignant dans cette affaire le mauvais rôle : « L’actuel propriétaire a toujours opposé une fin de non-recevoir à ces offres, ce qui montre bien, contrairement à ses déclarations, son manque de volonté de pérenniser une patinoire à Avignon. ».

Seulement voilà, le vilain a de la ressource et répond en déclarant le 24 février dans les colonnes de La Provence : « Elle veut me mettre la pression, mais je ne l’ai pas (…) Mon téléphone et ma porte ont toujours été ouverts mais il n’y a jamais eu de négociations pour la reprise de la patinoire, juste des demandes d’informations. Et les propositions qu’évoque le maire par ailleurs pour l’achat étaient dérisoires… C’est comme si vous étiez propriétaire d’une maison de 500 000 € et qu’on vous en proposait 200 000 €… ». Et il renseigne qu’opter pour une société privée, c’est devoir débourser 50 000€ par mois pour quelques mètres cubes de glace à l’instar de ceux disposés à Noël face à la Mairie  !

Alors, qui croire ?

Il est malheureux de constater le retard à l’allumage d’une municipalité qui jusqu’au 16 février ne pose pas d’acte fort pour garder dans son giron cet outil de proximité dédié au patinage et qui tremble de tous ses membres quand M. Marchenay sortant de sa réserve se livre aux actualités télévisées de France 3 Provence-Alpes Côtes d’Azur.

Le communiqué, lui, est maladroit. Le trait y est forcé. Il veut installer, à tout prix et à celui de 06 millions d’euros de subventions depuis… 1969, le château municipal dans une posture dénuée de tout reproche, et c’est de bonne guerre.

« Faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on n’cause pas, Monsieur. On n’cause pas, on compte »

Mais il est regrettable qu’il faille en arriver à des mesures coercitives pour régler cette affaire. Il est tout de même triste qu’il faille user d’une interdiction de construire et qu’il faille ainsi obliger Jean-Pierre Marchenay à réévaluer sous la contrainte ses chances de jouir en paix d’une retraite bien méritée.

Comment peut-il être tenu comme le seul responsable de la disparition des plaisirs de la glisse dans le Vaucluse ? Après tout, lui, le propriétaire, il est de son droit de raccrocher à temps les patins même si pour des centaines d’autres cela aura la fâcheuse conséquence d’être remisés au fond des placards ou revendus à bas prix. Et il reste dans son bon droit quand il estime qu’au prix proposé par la ville, son bien est bradé.

« Faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on n’vit pas, Monsieur. On n’vit pas, on… »

Il est alors aujourd’hui de la responsabilité de la puissance publique de se manifester sans traîner les pieds, sans laisser le champ des possibles devenir celui de la confrontation et des blocages.

Une gestion systémique du coup par coup. Des « victoires » à la Pyrrhus. Faire en défaisant et après moi, l’avalanche ! Voilà ce à quoi vous nous avez trop souvent habitués depuis 2014.

Qu’avez-vous attendu ? Qu’attendez-vous pour assainir les relations avec M. Marchenay et enfin aboutir à la moins pires des solutions ? N’initiez pas la rupture, construisez l’entente et ayez l’ambition de ne pas abandonner 600 licenciés et quelques 100 000 pratiquants occasionnels par an. Mme le Maire, osez briser la glace tant qu’il est encore temps, vous en ressortirez grandie.

Et si plus rien ne peut vous réconcilier, allez vite préempter du côté de la Courtine. Là où vous vouliez, comme l’avait précisé votre programme de campagne électoral, faire sortir de terre et bâtir le quartier d’Avignon Confluence… Parce que jamais le Rhône et la Durance ne vous offriront leur eau pour devenir glace !