C’est lors de son assemblée générale ordinaire organisée jeudi 24 mai au château de St Chamand que nous apprenions l’ampleur du déficit auquel doit faire face le centre social « La Fenêtre ».

47 000 euros !

Et ce n’est pas là le fruit d’une gestion à l’emporte-pièce, bien au contraire ! Les comptes sont gérés à la fois avec rigueur et vigilance. Ils ont même pu faire l’objet d’une vérification de la part d’un commissaire au compte qui ne donnait pas lieu à un quelconque rappel à l’ordre.

Seulement, le flux des subventions des collectivités territoriales se tarit et inévitablement se creuse un déficit devenu inéluctable et surtout toxique pour le fonctionnement du centre social qui se voit contraint d’annoncer : « … La baisse des subventions, l’arrivée à terme des contrats aidés auxquels nous ne pouvons pas donner suite, vont contraindre le centre social à modifier son organigramme, revoir sa stratégie de projets, réduire sans aucun doute ses secteurs et ses services. ».

Et de poursuivre : « … La structure souffre et est en danger à moyen terme ; non pas à cause de ses dépenses qui sont déjà fortement minorées mais à cause des aides qui ne sont plus en adéquation avec le projet social. Pour 2017, le déficit s’élève à près de 47.000 euros soit 7,6% de notre budget global. Certaines collectivités ont déjà signifié pour 2018 leurs aides revues à la baisse… et nous serons amenés à mettre un terme à 02 contrats. ». Rien de bien réjouissant à l’horizon 2019.

St Chamand compte 2814 habitants dont 561 demandeurs d’emploi, 895 allocataires des prestations de la Caisse d’Allocations Familiales et 340 bénéficiaires du RSA. Alors que le revenu médian est de 18 380 euros par an dans le Vaucluse, celui-ci y culmine à 7000 euros par an, soit 583 euros par mois ! St Chamand est le quartier le plus pauvre d’Avignon.

La moitié des habitants est âgée de moins de 25 ans. Ces jeunes gens n’ont pas les moyens financiers suffisants pour jouir d’activités de loisirs classiques. Pour eux, pas de sport, pas de cinéma, pas de lecture. Nombre de leurs familles ne maîtrisent pas ou peu la langue française et ils n’y trouvent alors aucune ressource humaine capable de les aider en cas de difficultés ou de retards scolaires. La spirale de l’échec leur est assignée de facto.

Dans ce quartier sinistré en grand désarroi social, « La Fenêtre » arrive là en moyen efficace pour réguler et apaiser le lot des souffrances suscitées par cet environnement hautement anxiogène.

A St Chamand, « La Fenêtre » offre à ces Avignonnaises et ces Avignonnais la seule bouffée d’air pur qui les extirpe d’une suffocation quotidienne.

Sans vouloir être exhaustif mais à titre d’exemple : 111 enfants et adolescents fréquentent les dispositifs CLAS (Contrat Local d’Accompagnement Scolaire) et bénéficient d’un soutien scolaire. Plus de 140 enfants participent à des activités sportives et culturelles.

A leurs parents, une aide administrative et d’accompagnement sur les dossiers complexes est proposée. Des cours d’alphabétisation réunissent en moyenne une cinquantaine de personnes et entre octobre 2017 et mai 2018, 146 sorties culturelles, en plein air et de découverte ont mobilisé entre 12 et 28 adultes par «escapade ».

Sans jouer les Cassandre de service mais en restant lucide sur le constat socio-économique avignonnais, la disparition programmée du centre social sonnerait comme une catastrophe naturelle aux graves répercussions sur tout le périmètre avignonnais. La déflagration sociale aurait un effet déstabilisateur sur le reste de la ville.

C’est un équilibre, certes fragile, entre quartiers populaires du sud d’Avignon, institutions administratives et établissements scolaires qui se verrait alors rompu avec en conséquences l’accroissement des failles en gouffres de misère, un profond désespoir invitant une frustration citoyenne aiguë à tout commander et une période d’instabilités multiformes à redouter !

Renflouer ce déficit de 47 000 euros, pérenniser l’action de « La Fenêtre », miser plutôt sur l’humain en évitant de déverser autant d’argent pour la réfection de quelques murs, pour quelques buffets de réception bien garnis ou pour une exposition de 37 nouvelles variétés de roses au Palais des Papes et ainsi éviter le pire…

N’y-aurait-t-il pas là une certaine sagesse qui inviterait aujourd’hui la responsabilité politique locale, en particulier celle qui régule le débit de la perfusion des subventions, à redéfinir l’essentiel et réévaluer les priorités.