Entretien avec Philippe Pascal, président de Rencontres Africaines Provence Languedoc (RAPL).

Avignon Post : Philippe Pascal bonjour, pourriez-vous nous présenter l’association dont vous êtes le président ?

Philippe Pascal : Bonjour, Rencontres Africaines Provence Languedoc (RAPL), est née en 1998, et dirige ses actions humanitaires en direction du pays reconnu le plus pauvre du monde car classé au dernier rang à l’indice de développement humain : le Niger, pays francophone qui meurt en silence.

La désertification et le désintérêt des grandes puissances (à l’exception de l’égoïste intérêt français pour l’uranium), font que les Nigériens meurent de malnutrition, du paludisme, du manque de soins et de l’absence des vaccinations indispensables.

Avignon Post : Quelles sont les actions humanitaires que vous arrivez à mener à bien ?

Philippe Pascal : Alors bien sûr notre petite association ne peut régler qu’une partie infime des problèmes de ce pays. Cependant, depuis nos débuts nous avons permis d’améliorer le sort des populations très déshéritées dans deux villages de la réserve naturelle du « W Niger » et dans le quartier Bobiel à Niamey, la capitale où nous soutenons le centre social AFEHA (Association femmes et Enfants handicapés), avec l’aide de nos adhérents, donateurs  et partenaires.

C’est ainsi que nous avons déjà envoyé 5 containers emplis de mobilier médical et scolaire, de vêtements, jouets et manuels scolaires ; 4 au Niger et le dernier pour le Togo en partenariat avec MUTSF (Mutualistes Sans Frontières).

De plus, nous avons soigné dans les cliniques et hôpitaux de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et sur Paris des enfants atteints de maladies qu’on ne peut soigner au Niger (cardiopathies, traumatologie complexe, maladie neurologique (spinabifida) etc…), et emmené lors de nos missions annuelles des pompes, médicaments et fournitures médicales et scolaires.

Avignon Post : Comment financez-vous toutes ces actions humanitaires ?

Philippe Pascal : Et bien grâce aux 25 parrains qui donnent 200 € par an entièrement reversés au centre social qui gère nos filleuls. Ainsi, nous subvenons aux besoins des mères de familles abandonnées, enfants ou adolescents handicapés et orphelins. Pour cette action, nous assurons un suivi rigoureux de la destination des dons. D’ailleurs lors de ma mission de début décembre, j’ai envoyé des photos et nouvelles de chaque filleul à chaque parrain.

Avignon Post : Pourquoi l’année 2017 a été si particulière ?

Philippe Pascal : Parce qu’en plus de toutes nos actions pérennisées, qu’elles soient médicales, sociales ou scolaires, 2017 aura été l’année de la pose de panneaux solaires sur la case de santé d’un village de brousse qui n’avait jamais eu que la lumière des feux de bois.

Avignon Post : Et 2018 ?

Philippe Pascal : 2018 aura été celle de l’achat subventionné de 15 tricycles pour handicapés par le Rotary Club de Carry – Côte Bleue qui est notre seul sponsor depuis deux ans. Et c’est grâce à ce partenaire ultime que nous pouvons améliorer notre ordinaire. En effet nous n’avons eu en 2018 que 75 adhérents pour une cotisation annuelle minimum de 15 €.

Avignon Post : Autre chose à ajouter ?

Philippe Pascal : Oui et c’est pour répondre à ceux qui invariablement nous disent « avec la misère qu’il y a en France, pourquoi aider un pays si lointain ? ». Je dirais que tout ce qui est dans notre entrepôt nous a certes permis de financer 5 conteneurs pour l’Afrique mais a surtout permis de dépanner d’autres associations œuvrant sur la France ou ailleurs, à meubler et habiller des femmes en difficultés des quartiers d’Avignon ou Alès, des familles de Roms et de Syriens etc…. Car l’aide aux démunis n’a ni frontière ni couleur.

Depuis 20 ans, avec une petite poignée de bénévoles, nous arrivons à maintenir notre action – à l’améliorer même – malgré les difficultés matérielles et mes difficultés personnelles « politico-professionnelles » de ces dernières années. Il ne se passe pas un jour sans que l’on me dise : « c’est bien ce que vous faites ! » ; mais les difficultés de chacun font que ça ne va pas plus loin.

Il faut préciser que 95% des fonds reçus par RAPL sont destinés aux actions et que les frais de fonctionnement sont minimes, (un peu de carburant et les frais postaux), de plus chaque missionnaire paie son voyage. Dans les grandes et riches associations le fonctionnement c’est souvent plus de 50% !

Chaque année je me dis que c’est trop compliqué, ça bouffe ton temps ton énergie, ton argent et tes loisirs, que je vais arrêter mais chaque fois que je retourne au Niger, je revois mes amis, mes frères nigériens.

Je revis la fraternité, l’humanité, la gaieté, les rires et les pleurs, les émotions, et chaque fois, la passion me saisis et je me dis alors non ! Je ne peux pas arrêter ça ! Tant que la santé et la vie sont là, continuons !

Avignon Post : Philippe Pascal, merci pour cet entretien et bravo pour votre engagement !

Sur la photo : Philippe Pascal et Ali