C’est un équipement de protection individuelle, c’est un vêtement à haute visibilité, c’est un gilet jaune de sécurité brandi par celles et ceux qui n’en finissent pas de sombrer corps et biens.

Et du fond de leur marasme, du trou noir de leur misère, ils agitent cette chasuble fluorescente vers celles et ceux qui pourraient bien les remarquer et les considérer.

Retraités, étudiants, ouvriers, chômeurs, fonctionnaires… Ils sont tous des naufragés de la vie venus s’échouer sur nos ronds-points et depuis le 17 novembre 2018, ils s’égosillent à lancer un appel de détresse vers celles et ceux qui voudraient bien les écouter et leur prêter une véritable attention.

Chez nous, à Avignon, c’est finalement depuis la fin des années 70 que de telles chasubles jaunes sont taillées à la mesure des plus pauvres d’entre nous.

Chez nous, ce sont bientôt trois générations d’Avignonnaises et d’Avignonnais qui les endossent tant bien que mal en ne disant rien… ou si peu.

Chez nous, dans les quartiers populaires, cela fait plus de trente longues années que la précarité nourrit son homme et que l’échec affame son fils.

De la Reine-Jeanne à Champfleury, depuis tout ce temps, à vous, les premiers gilets jaunes avignonnais de l’Histoire, a été réservée l’assignation à résidence insécure, insalubre et infectée en Zone Urbaine Sensible (Z.U.S).

Pour vous, premiers gilets jaunes avignonnais, a été proposée l’assignation à résidence en Zone d’Education Prioritaire (Z.U.P) où la relégation indique le sens et le Pôle Emploi, la profondeur du gouffre.

Aujourd’hui, pour vous, les 26 000 habitants de ces quartiers populaires, il est arrivé le moment de vous associer pleinement à ce mouvement de contestation inédit et de rejoindre les rangs de vos compatriotes sur tous les ronds-points.

Et ne demandez pas la hausse de votre pouvoir d’achat, osez exiger plutôt la hausse de votre pouvoir de vie ! Mais aussi :

Criez votre opposition farouche à la gentrification rampante.

Interpellez pour la préservation et l’entretien de vos environnements immédiats.

Réclamez toute la sécurité et la tranquillité possibles.

Manifestez en faveur de la sanctuarisation des financements destinés à pérenniser l’activité solidaire de vos centres sociaux.

Militez pour une école primaire, un collège et un lycée capables de propulser vos enfants vers la réussite. Etc, etc, etc…

Il est venu là le temps béni de belles convergences de luttes. Sortez de vos immeubles, éloignez-vous de vos Z.U.S et de vos Z.U.P pour battre le pavé autour des remparts !

Allez revendiquer ! Allez revendiquer tout cela, mais faîtes-le « avec et parmi » les autres.