Depuis le 22 février 2019, des jeunes gens, des retraités, de l’étudiant à l’avocate, du journaliste à la simple citoyenne, tous ont surmonté la peur de la matraque et occupent l’espace public algérien en défilant sans heurt et sans violence.

Tout le peuple est sorti dans la rue et manifeste pour crier son opposition à un 5ème mandat brigué par l’actuel président Abdelaziz Bouteflika en responsabilité à la magistrature suprême depuis 1999.

Tout ce pays s’est levé comme un seul homme pour réclamer davantage de liberté et de dignité.

Tout ce pays demande que les pouvoirs exécutif et législatif soient véritablement l’émanation de l’expression populaire. En d’autres termes, que le président de la République et les représentants du peuple à l’Assemblée Nationale ne puissent être élus sans que la fraude et le bourrage des urnes faussent les résultats, installent un pouvoir illégitime et instaurent une dictature comme c’est le cas depuis… 1962.

Tout ce pays espère le changement vers des institutions solides et fortes, vers des réformes profondes dans les domaines de la santé, de l’enseignement, de l’emploi, du logement… etc, capables de répondre de façon satisfaisante aux besoins fondamentaux de ses citoyens.

Et à ce moment historique pour l’Algérie, nous apprenons que monsieur le Consul d’Algérie à Marseille s’est déplacé à Avignon pour, en guise d’activité culturelle, sonner, ce dimanche 03 mars au château de St Chamand, le ralliement de la communauté algérienne locale en faveur du 5ème mandat d’Abdelaziz Bouteflika avec musiciens et chanteur à la rescousse.

Par conséquent, en attribuant une salle municipale pour l’accueil du consul algérien en de pareilles circonstances, nous constatons que nos responsables en mairie ont été là bien maladroits à agir en complicité avec le représentant consulaire d’un régime conspué par son peuple et sa diaspora.

Ils se sont ainsi naïvement retrouvés impliqués à servir des intérêts contraires aux actuelles aspirations démocratiques des citoyennes et des citoyens algériens… Et nous trouvons cela vraiment regrettable et fâcheux.

Nous nous interrogeons sur la motivation de celle ou de celui qui a accordé le prêt de la salle municipale du château de St Chamand. Il peut être considéré comme louable quand il permet l’organisation d’une manifestation culturelle sous l’égide d’un consulat où partages et échanges prennent la part belle.

Mais jusqu’où doit-être respectée la liberté d’expression quand celle-ci fait la promotion de ses plus féroces détracteurs ?

Doit-on au nom de cette sacro-sainte liberté d’expression proposer une tribune aux ennemis de la liberté d’expression ?

Si nous devions pousser le bouchon de la conjecture un peu plus loin, nous pouvons nous questionner sur ce qui relèverait des tenants et des aboutissants d’un clientélisme aveugle. Une pratique qui inviterait les responsables du château municipal à fournir une aide logistique et soutenir les intérêts de n’importe quel pays, voire même en l’occurrence ceux d’une dictature honnie, simplement pour tenter de séduire, en prévision des prochaines élections municipales, un électorat bien déterminé. Fiction ou réalité…  

Toujours est-il qu’autant de naïveté, qu’autant de maladresse et aussi peu de considération du contexte signent là tout de même une compétence en la matière bien légère et un manque de discernement assez préoccupant.