Que pouvait-il arriver de mieux chez nous quand des citoyens enclins au dialogue ont entrepris d’organiser celle des rencontres qui s’est déroulée de façon tout à fait fortuite 72 heures après le terrible attentat terroriste qui a ôté la vie à 50 fidèles musulmans et endeuillé la Nouvelle-Zélande.

C’est au Pontet, en ces terres où le rassemblement est une notion un tant soit peu idéologisée et à priori pour la moins éloignée de la tentative de rassembler tous azimuts, que de bonnes et de charitables âmes ont dressé une « sacrée » tablée pour créer les conditions favorables au rapprochement œcuménique.

S’y sont jointes, et ainsi à l’initiative de la communauté musulmane, se sont réunies des personnalités qui inauguraient là le premier acte d’une démarche ô combien si nécessaire en ces temps si troublés.

Non plus dos à dos, même pas côte à côte, mais enfin ensemble et mêlées, elles ont pu s’adresser la parole et ont su échanger ceux des regards les plus bienveillants que seule la proximité sait encourager.

Ce lundi 18 mars 2019, mesdames Sonia Chikhi, une citoyenne-bénévole, Carla Dussaux, une collaboratrice parlementaire et Lkhadre Tourya en sa qualité d’aumônier, ont alors fait connaissance.

Le député de la 1ère circonscription Jean-François Césarini avait à sa droite le père Yves Gassmann, prêtre de la paroisse du Pontet et à sa gauche EL Moussaoui Abdel Karim, président de l’association gérant la mosquée As-Sunnah. Joris Hébrard, le maire de la commune était assis parmi eux et aux côtés du commandant Laurent Salagnac de la brigade de gendarmerie du Pontet et du professeur Mourad Hamza.

Et tout ce beau monde faisait face au professeur Abdellah Safraoui, à Benyoucef Hamroun, le président de l’association « Amitié et Entraide Franco-Algériennes » et à une assistance composée d’un conseil de sages de la mosquée.

Ce lundi après-midi-là, tous ont fait ce qu’il fallait faire : un pas vers l’autre.

Si la traditionnelle psalmodie du Coran avait au début installé une certaine solennité, très vite les prises de paroles se sont ensuite succédées dans une ambiance bien plus décontractée… Verbatim :

« Dites : ‘’Nous croyons en Dieu et en ce qu’on nous a révélé, et en ce qu’on a fait descendre vers Abraham et Ismaël et Isaac et Jacob et les (douze) tribus, et en ce qui a été donné à Moïse et à Jésus, et en ce qui a été donné aux prophètes, venant de leur Seigneur : nous ne faisons aucune distinction entre eux. Et à Lui nous sommes soumis ». Sourate Al-Baquarah (La vache), verset 136.

Jean-François Césarini : « Ne confondons pas une minorité avec la grande majorité pacifique des musulmans qui aspire à pratiquer dans l’amour… Un même ange, l’ange Gabriel, est présent dans l’histoire de trois monothéismes. Il s’est adressé à Moïse, à Jésus puis au prophète de l’islam… et bien il y a sans doute là le signe qu’un même Dieu par son entremise s’est adressé à l’humanité ! ».

EL Moussaoui Abdel Karim : « Nous rendons hommage aux efforts des anciens qui ont construit cette mosquée et cela sans aucun financement étranger ! ».

Et Joris Hébrard de poursuivre : « Pas d’argent de l’étranger et pas de la commune ! ».

Le père Yves Gassmann : « Nous pouvons vivre librement sa foi et pouvoir en changer ! Nous sommes les enfants du même Dieu donc nous sommes, ici, des sœurs et des frères… ».

Mme Lkhadre : « Nous aspirons à vivre en toute dignité quand 99% des femmes voilées le sont sans avoir été forcées ! »

Le professeur Mourad Hamza : « Le mot religion tient sa racine du latin et du mot ‘’religare’’, ou ‘’relier’’, en arabe le mot religion se dit ‘’Dine’’ ou en français ‘’ la dette’’ que nous avons à l’égard de notre créateur. Et notre liaison verticale avec le divin est comblée par celle, horizontale, que nous entretenons avec les hommes ».

L’imam Mustapha Stati a pu conclure le tour de micro ainsi : « Je vous dit toute ma joie de vous voir ainsi parmi nous mais je vous fais part aujourd’hui de l’inquiétude de nombre des fidèles qui aujourd’hui me disent avoir peur, peur de venir prier… ».

La visite des lieux terminée, c’est autour du buffet dressé pour l’occasion que se décide le projet de convier le député Jean-François Césarini à rencontrer les plus jeunes qui les fréquentent pour leur présenter l’armature de notre édifice républicain et leur expliquer son fonctionnement.

Voilà une initiative saluée par tous ouvrant là une étape assez inédite en son genre dans ce que la collaboration ainsi bien préparée offre d’aussi constructif.

Et nous ne resterons jamais assez avares en mots pour vous rendre compte de l’intervention d’un élu de la République devant de jeunes Français de confession musulmane tant les enjeux en matière de citoyenneté et d’un vivre ensemble davantage apaisé s’avèrent de nos jours si cruciaux.