« Grands projets urbains : présentation du projet de transformation urbaine des quartiers relevant du NPNRU et définition d’un périmètre d’étude et de sursis à statuer-Approbation de l’avenant n°1 au protocole de préfiguration des projets de renouvellement urbain sur les quartiers Rocade Sud, Saint Chamand et Nord Est.».

Voici l’intitulé de la première délibération que notre Conseil municipal a mis au vote ce mercredi 25 avril 2018 et a approuvé comme une lettre à la poste . Au travers de ces quelques lignes au vocable pour le moins asséché, s’est joué le destin du boulevard Charles de Gaulle et de l’ensemble des quartiers qu’il traverse. Le tout communément appelé chez nous : « La Rocade ».

Un destin jugé funeste par un habitué des lieux qui y a installé rue de la Vénus d’Arles depuis 30 ans son cabinet de kinésithérapie. En effet, François Jacob y a ses patients mais avec le temps, il s’y est constitué une « clientèle » de véritables amis et de proches pour lesquels aujourd’hui il se sent le devoir de dénoncer le triste sort qui leur sera bientôt réservé.

François Jacob prend connaissance de l’ampleur du sinistre à l’occasion d’une réunion de sensibilisation organisée dans les locaux de la mairie Nord Rocade mercredi 20 mars de 16h à 19h dont le thème était indiqué comme suit : « Aménagement cyclable et paysager de la contre-allée nord du boulevard Charles de Gaulle ». Il est là utile de vous dire que l’information d’une première réunion prévue le 11 mars 2019 a été diffusée le… 12 mars 2019. Chercher l’erreur !

Ils sont une petite dizaine à écouter les techniciens de TECELYS leur signifier qu’il sera interdit de circuler dès septembre 2019 sur cette contre-allée. Celle-ci deviendra une voie exclusivement prévue pour les piétons, pour les deux roues, et de par une ambitieuse « revégétalisation » des lieux, il fera bon d’y faire rouler en toute tranquillité poussettes et trottinettes.

Très vite, François Jacob comprend que cette interdiction signe la mort programmée de son quartier et il assimile ce « N.P.N.R.U », (Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain), comme in fine le projet de déplacement et d’évacuation des populations qui ont toujours eu à leurs fenêtres le bruit et l’odeur de l’incessant trafic routier.

Une population dont il décrit sa propension « à bouffer de la viande enragée, à qui on a appris à se tenir à carreau, qui ne sait pas se défendre et que l’on peut facilement diaboliser… »

En interdisant, (en « murant » selon les termes de François Jacob), cette contre-allée à la circulation, le flux des véhicules, qui est aujourd’hui estimé à 35 000 par jour, va mécaniquement s’accroître sur le seul axe routier du boulevard Charles de Gaulle et le transformer en une autoroute infernale.

Sans compter que les difficultés de stationnement que connaissent déjà les habitants vont de façon tout aussi mécanique augmenter puisqu’il sera formellement interdit de se stationner sur cette zone piétonne ou cette piste cyclable.

Il en coûtera d’ailleurs au contrevenant une prune de 135 euros suivie d’une majoration de 375 euros.

Ainsi, à Avignon, en voulant faire le bien, on y fait le mal ! Et par ce processus, seront poussés à déguerpir des habitants peu ou pas informés, ne comprenant pas les subtilités de la langue française, donc dans l’ignorance de ce qu’il se trame dans leur dos. Ils se retrouveront fragilisés, largués et au bout du compte excédés.

Excédés par des conditions de vie, entre pollution stagnante et contraventions, rendues assez insupportables pour que finalement la proposition d’un relogement vers un ailleurs bien incertain et bien lointain puisse être accueillie comme l’heureuse opportunité à absolument saisir. Et ce processus porte un nom : la gentrification.

On déplace, on rase et on reconstruit après une LEO (Liaison Est-Ouest) achevée. On offre ensuite à la vente ou à la location dans des budgets accessibles aux classes sociales les plus aisées. Ce ne sont que des contribuables en puissance qui abonderont en monnaie sonnante et trébuchante là où, actuellement, dans les caisses fiscales locales, peu ou sinon personne arrive à faire sonner et trébucher le sou. Fiction ou réalité ?

Pour François Jacob, la concertation aurait dû être sérieusement menée, le consensus aurait dû prévaloir et le passage en force proscrit. C’est pour remédier à tout cela, que le kiné de La Rocade a créé le 25 mars dernier la C.R.S ou la « Comité Rockade Survie » puis le 26 mars le L.B.D ou « Le réveil du Bois Dormant ». Le ton ne se veut surtout pas vindicatif mais bien au contraire, tout est abordé avec humour.

Et l’humour n’ayant jamais fait entrave à l’intelligence, François Jacob fait des propositions :

« Il ne s’agit pas de vouloir un arrêt pur et simple du projet, ce qui serait anti démocratique, mais d’un ajustement en gardant une circulation filtrée avec surveillance passive à l’aide de ralentisseurs, de calibreurs, de radars… ou active et c’est le recourt aux AVSP (Agent de Surveillance de la Voie Publique) ou en s’appuyant sur une part active de la population et de ses citoyens capables de s’engager.

Rappelons que cela serait au total moins coûteux en travaux et dépenses… et bien plus utile à toute la collectivité ! Bien sûr, la gentrification supputée… n’y trouverait pas son compte ! »

Tracts et pétitions à la main, il sillonne en long, en large et en travers tout le quartier. Il n’hésite pas à interpeller dans les cages d’escaliers et il sensibilise. « Au début, les gens ont été dans le déni et incapables de me croire. Là, les choses semblent évoluer et la prise de conscience se fait ! ».

Pour appuyer son action, une pétition en ligne est aussi à signer : cliquez ici !

Prochaine étape, une réunion avec toutes les parties concernées qui, prévue début avril, ne s’est, à ce jour, pas encore tenue.

Il reste à espérer que les responsables de la mairie et ceux de la communauté d’agglomération du Grand Avignon daignent sortir au plus vite de leur mutisme afin d’introduire les doses indispensables de concertation pour que ce renouvellement urbain puisse vraiment se réaliser selon les attentes des citoyens du Sud.