Chez les Gilets Jaunes, Abdel Zahiri y est presque entré par effraction. Bloqué à un rond-point avec son équipe de jeunes footballeurs, le premier contact fut à priori peu propice à déterminer de douces affinités.

Il a fallu ensuite que les relents racistes et islamophobes des captures d’écran d’une page Facebook lui parviennent jusqu’aux narines pour que la moutarde lui monte subitement au nez et qu’il se décide d’aller à la rencontre de celui qui, osant ce grand déballage nauséabond, se proclamait alors porte-parole des Gilets Jaunes installés à Avignon Nord.

Abdel Zahiri est ensuite invité à prendre la parole pendant une assemblée générale et c’est là qu’il fait connaissance avec ce peuple qui avait décidé d’occuper en semaine les ronds-points et battre le pavé le week-end !

Il se rapproche alors d’une population qui souffre. Pas celle des quartiers populaires qu’il côtoie tous les jours et pour laquelle il voue un investissement associatif de vingt ans d’âge, non ! Celle de la rue d’en face, celle qui travaille, souvent de classe moyenne mais dont les revenus fuient le compte en banque et dont les liquidités ne sont plus disponibles dès le 05 de chaque mois.

Il touche du doigt les angoisses d’ouvriers, d’employés et de retraités qui, n’arrivant plus à vivre chichement, refusent d’abdiquer et de poser genoux à terre. Il côtoie ces gens trop fiers pour se plaindre choisissant de se lever et de manifester tout de jaune vêtus.

Pour Abdel Zahiri, il n’y a plus désormais de « fachos » à débusquer ici ou là. La chose est claire : il faut accompagner cette dynamique et être solidaire avec toute cette souffrance parce que la revendication de vie décente est, ici et maintenant, devenue légitime !

15 heures par jour et 7 jours sur 7 à organiser la communication par des vidéos sur Facebook, à structurer la démocratie en interne, à planifier la convergence des luttes avec syndicats et consorts.

Abdel Zahiri en s’impliquant de la sorte comprend très vite que là, deux France qui avaient appris à se regarder en chien de faïence pouvaient se rapprocher, s’entremêler et qu’enfin, les Français avaient l’incroyable opportunité de lutter ensemble et de construire ensemble.

« Ils ont fait le pas, ils m’ont tendu leurs mains, je les ai saisies. Leur soutien lors de mon incarcération a été constant. Des lettres, des encouragements… Ils ne m’ont jamais lâché ! ».

Ce sont l’influence de ses lectures et les exemples de lutte proposés par le Mahatma Gandhi, le pasteur Martin Luther King et le président Nelson Mandela qui ont inspiré sa réflexion et alimenté son appétit pour la non-violence. « Elle représente avec la résistance active que nous avions déjà expérimentée, l’arme ultime… ».

C’est un activisme davantage imprégné d’humilité et de considération qui motivera la main tendue des Gilets Jaunes vers les forces de police et le pardon adressé aux commerçants d’Avignon pour les désagréments et les pertes sèches de leurs chiffres d’affaires.

C’est un engagement qui ne doit surtout plus privilégier l’affrontement mais favoriser la résolution des tensions par la sensibilisation tous azimuts et le recours à l’adhésion massive.

Devant le centre hospitalier d’Avignon, ils ont été nombreux ce samedi 04 mai à interpeller sur les conditions de travail des personnels hospitaliers et sur un système de la santé publique aujourd’hui menacé par des enjeux de restrictions budgétaires drastiques.

Y a-t-il une vie, une existence, en dehors des Gilets Jaunes pour Abdel Zahiri ? Oui et ce sont 300 gamins d’un club de foot qui s’en emparent en partie, comptant sur lui pour avoir à disposition un terrain de jeu bien tondu et un traçage à la chaux impeccable.

Et si l’autre partie est consacrée à offrir pendant tout le mois de Ramadan un repas chaud aux plus démunis (quelles que soient leurs confessions religieuses) au café-snack « Oujda » situé à La Rocade, il lui reste alors le temps précieux pour éduquer ses deux jeunes enfants dans le monde qu’il contribue à rendre… meilleur.