Avignon Post : Bonjour Philippe Pascal, vous avez déposé plainte contre François Mariani notamment pour dénonciation calomnieuse car selon vous, il vous a injustement traîné devant les tribunaux quelques longues années au moyen des plaintes « bâillons ». L’audience consécutive à votre dépôt de plainte aurait du se tenir en fin du mois de mai. Comme on pouvait s’y attendre le jugement est reporté.

Philippe Pascal : Oui c’est vrai. Je veux une réparation de dix ans de galère, de persécutions, de calomnie. Le contrôle et la perquisition de l’hôtel restaurant de M. Mariani datent de décembre 2010 et la décision de relaxe du dernier procès n’a été prononcée qu’en février 2018.

Quand on a essayé de faire son métier avec la plus grande conscience professionnelle, se retrouver régulièrement sur le banc des accusés et voir son honneur piétiné pendant toutes ces années, être si désespéré qu’on flirte avec la déchéance lorsqu’on s’en sort, ça marque la vie d’un homme. Et je ne pouvais pas pardonner tout ce qu’on m’a fait endurer, j’ai donc déposé plainte.

Avignon Post : Pouvez-vous rappeler tous les préjudices subis ?

Philippe Pascal : Ça risque d’être long !

Sur le plan moral, physique et médical, les premières années, j’ai subi des intimidations, des violences, des menaces, mais comme rien n’est prouvé, je ne peux rendre quiconque responsable. Je ne peux que déplorer ces coïncidences. Cette période de 2011 à 2013, je l’ai vécue sans angoisse.

En revanche ensuite, de 2013 à 2018, la voie judiciaire a été employée et là ce fut très difficile. Et ce qui m’a été le plus insupportable, c’est de voir mon intégrité et mon honneur salis.

Et même si je me suis battu comme un lion dans mes actes et mes déclarations, j’ai dû plier sous l’effet d’un « burn-out» long et douloureux dont je ne me suis pas vraiment remis.

Aujourd’hui encore,  je reste très fragile.

Sur le plan matériel, je ne reçois plus que 55 % de mon salaire puisqu’on m’a accordé l’inaptitude médicale puis… la retraite, alors que mon métier me passionnait et que mon intention était de terminer ma carrière à 65 ans. Avec des échéances immobilières qu’il me faut encore assumer, les fins de mois ne sont pas faciles à boucler. Je dois déplorer six ans avec un manque à gagner et avec de telles difficultés financières. C’est énorme !

Avignon Post : Vous êtes encore dépressif ?

Philippe Pascal : Disons que tout événement négatif me replonge immédiatement dans la déprime. L’année dernière par exemple ma sœur qui avait un an seulement de plus que moi est décédée de ce qu’on appelle pudiquement « une longue maladie ». Même si beaucoup de proches me disent que c’est le destin, je garderai toute ma vie en moi la responsabilité de sa mort.

En effet, ses premiers soucis de santé datent de quelques mois après son licenciement de l’Hebdo Le Comtadin dont elle était la rédactrice en chef. Or, ce licenciement est intervenu après le compte-rendu qu’elle a fait d’un entretien avec le Procureur de l’époque qui lui avait fait des révélations.

Bien entendu, la partie adverse a argué du lien de famille compromettant ma sœur. Le reste et la façon dont on s’est débarrassé d’elle ne se racontent pas, je ne voudrais pas recevoir une nouvelle plainte ! Annie restera pour moi la principale victime de cette affaire.

Avignon Post : Vous en voulez énormément à M. Mariani ?

Philippe Pascal : Quand j’y réfléchis bien je ne pense pas, disons que je ne lui en veux plus.

L’expérience de mon métier m’a toujours montré qu’on pouvait rencontrer toutes sortes de réactions face à un homme pris la main dans le sac. La sienne a été de choisir l’angle du verbalisateur comme cible. Et comme il avait l’oreille des médias et de l’opinion publique, il m’a fallu une grande dose de persévérance pour que je retourne la situation. En effet, tout était contre moi les premières années.

Non, c’est plutôt à ceux qui représentent l’état et qui ont une éthique présumée à devoir respecter que je réserve ma rage. Je veux parler de la direction et la présidence de l’URSSAF à Avignon et à Marseille. Le fait qu’ils soient élus du M.E.D.E.F. et donc au même syndicat que mon adversaire ne m’a certainement pas aidé !

Pour eux, j’étais un Cégétiste, un gauchiste avant d’être un inspecteur. Pourtant je peux vous assurer que je n’ai jamais mélangé mes opinions et mon travail. Au-delà de l’URSSAF, je vous rappelle que c’est le même procureur qui m’a poursuivi suite à des plaintes de M. Mariani. Mais sur ce magistrat, je préfère garder mon droit de réserve.

Avignon Post : Ça ne vous ennuie pas que je vous demande de me résumer votre vie pendant ces dix ans de galère ?

Philippe Pascal : C’est toujours difficile de l’évoquer, c’est vrai.

Ce contrôle date de 2010, à quelques mois près de ma séparation d’avec ma compagne de l’époque. Donc même si j’ai eu le soutien de mes filles, de ma famille, de quelques collègues de travail, de certains amis fidèles, de la CGT et de mon comité de soutien (payetescotiz.fr), j’ai tout de même traversé ces dix ans dans une immense solitude dans ma grande maison et ça ne facilite pas la résilience.

Combien de milliers de fois je me suis dit que la présence d’une compagne aimante m’aurait aidé à supporter l’insupportable ? Trouver une écoute quotidienne et des bras aimants m’auraient vraiment aidé.  Mais ça n’a pas été ainsi.

D’autant plus que quand on est un homme un peu dépressif, on est peu enclin à pouvoir entretenir la richesse d’une relation affective ! Malgré tout, je garde le sens de la communication et celui de l’humour. Je donne souvent le change…

Ce qui m’a aussi profondément marqué, c’est la fuite de beaucoup de personnes, notamment dans mon milieu professionnel. Je les croyais amies et elles ont disparues de ma vie. Il est vrai qu’on lisait dans les quotidiens que j’étais un inspecteur voyou, que mes méthodes d’inquisiteur étaient inacceptables et qu’une enquête pour corruption devait révéler toutes mes magouilles. Beaucoup se sont dit « il n’y a pas de fumée sans feu » et m’ont lâché au fur et à mesure.

Les résultats de toutes les enquêtes m’ont blanchi bien sûr et tout le monde sait aujourd’hui la vérité, mais ce manque de confiance m’a fait très mal. Je ne peux oublier ses comportements que j’ai assimilés à une véritable trahison.

Je me souviens avoir lu dans le journal un communiqué de Maître Morice, l’avocat de mon adversaire, qui demandait à tous les chefs d’entreprise qui avaient soufferts de mes méthodes de se constituer en comité pour les dénoncer. J’ai eu le réconfort de savoir que personne d’autre ne les avait dénoncées… à part son client.

Avignon Post : Vous avez des projets malgré tout ?

Philippe Pascal : Ces dix ans auront tout changé dans ma vie et mon avenir est finalement indirectement lié à cette affaire. Depuis 2017, j’écris un livre sur tout ce qui m’est arrivé mais aussi sur la façon dont on lutte contre la fraude du Français lambda, et surtout comment on ne lutte pas contre la vraie fraude en col blanc.

J’ai mis longtemps à l’écrire car la concentration et la sérénité ne sont pas toujours au rendez-vous. Il devait sortir en septembre, j’espère que le virus Covid-19 ne va pas trop le retarder.

Sinon j’ai créé une société de conseil mais elle fonctionne très peu car comme je suis « persona non grata » dans les organismes avignonnais tels que l’URSSAF ou les Impôts, mes conseils se retournent contre mon éventuel client si les agents de ces administrations voient mon nom. Donc c’est un échec.

Avignon Post : Vous êtes toujours dans l’humanitaire ?

Philippe Pascal : Oui, l’association que je préside, créée depuis vingt-deux ans résiste au temps mais il est vrai que nous sommes très peu (5 actifs) et plein de gens qui nous disent « c’est bien ce que vous faîtes… ». Mais ça ne va pas plus loin.

Depuis dix ans, nous allions au Niger 2 à 3 fois par an avec Joseph, mon vieux frère. Mais il est décédé en mars 2017, trois mois après notre dernière mission commune. C’est un manque terrible pour moi, du coup, depuis, je vais seul au Niger.

Tout le pays est en zone orange et certaines régions comme les villages du sud que nous aidons sont en zone rouge car « Boko Haram » rôde…

Mais j’ai là-bas des correspondants merveilleux, l’un qui gère le centre social que nous finançons, l’autre qui est médecin et notre piroguier fidèle. Je n’imagine pas arrêter de me rendre dans mon pays d’adoption.

Il y a aussi Gaza où je me suis rendu deux fois. J’ai eu la chance d’y rencontrer des hommes exceptionnels de courage totalement dévoués à alléger la souffrance des enfants palestiniens. On est toujours en relation et nous essayons de vendre ici des produits palestiniens à leur profit.

Mon plus beau projet serait d’aller passer du temps au Niger et à Gaza pour écrire sur la vie de ces hommes de cœur et de paix. Pas un livre où je donnerai mon avis de militant, il y en a déjà beaucoup, mais un livre qui puisse relater et témoigner de toute leur humanité.

Avignon Post : On vous a un peu entendu à l’occasion de la campagne des municipales ? Où en êtes-vous ?

Philippe Pascal : Je suis un homme de gauche vous le savez et je suis toujours défenseur du programme « L’avenir en commun » de la France Insoumise. Je ne remets en question que leur stratégie d’isolation qui mène au maintien d’un président d’En Marche.

Avec l’union, il n’aurait pas été élu et depuis, pas conforté, mais la division des opposants, par bêtise ou par égo, le sert et continuera, j’en ai bien peur, à le servir. Je suis donc resté tranquille car il n’y avait pas de listes qui me convenaient vraiment.

La maire malgré tout ce qu’elle a pu réaliser, et que je ne conteste pas, manque pour moi d’ancrage du côté de la gauche que j’aime. Ses positions au sujet de l’accueil des migrants ou des gilets jaunes ont été, pour moi, inappropriées.

Je pense que le candidat écologiste a trop élargi sa liste d’une part vers des horizons libéraux qui sont l’antithèse de l’écologie et de la dé-consommation nécessaires à la survie de notre planète et d’autre part vers des revanchards de la municipalité actuelle.

Donc avec quelques amis, nous avons essayé de construire une liste d’union de la gauche, à la gauche du maire, avec la France Insoumise, les communistes, Génération’s et GDS le parti unioniste de Gérard Filoche auquel j’adhère. Mais notre appel a été vain.

Du coup, la liste insoumise qui se présentait avec le seul NPA n’a obtenu que 5.5%. Après les 28% aux présidentielles, les 14% aux législatives, les 7% aux européennes, je crois qu’on paye notre manque d’ouverture, au plan local comme au plan national. Le parti communiste et Génération’s, même si je sais que certains le regrettent, ne nous ont pas entendu, et ont rallié la maire actuelle.

Avignon Post : Et dans votre vie personnelle ?

Philippe Pascal : Mes filles et mes petits enfants en sont le soleil. Sinon ma vie personnelle est aussi un échec. J’espère juste que mon livre aura du succès pour que je puisse avoir quelques mois de plaisir à la rencontre des lecteurs et des critiques.

Avignon Post : Merci Philippe pour cet entretien à cœur ouvert et bon courage.