• Notre Sud, ses rodéos, ses armes et sa mort.

    Notre Sud, ses rodéos, ses armes et sa mort.

    Dans le Sud à Avignon, ce sont 19 059 habitants répartis entre la Barbière et Champfleury.

    Dans notre Sud, il y a du monde, beaucoup de monde : 55 % de la population des quartiers prioritaires du Grand Avignon.

    Dans notre Sud, ce sont des jeunes, beaucoup de jeunes : 27% de cette population ont moins de 14 ans et 13,5 % ont moins de 24 ans.

    Alors bien sûr, se saisir du dossier de la LEO (Liaison Est Ouest), c’est pointer du doigt un problème de santé publique majeur avec ce que le trafic routier dense sur l’avenue Charles De Gaulle et sa pollution chronique aux particules fines font peser en risques sanitaires sur 1/5ème de la population avignonnaise !

    Mais notre Sud, c’est surtout une surface de 171 hectares où la colère des Dieux s’est abattue de façon implacable. C’est un périmètre qui concentre toutes ses calamités comme nulle part ailleurs. Lisez plutôt :

    De la Barbière à Champfleury, 2029 hommes et 1815 femmes, soit 20% de la population, sont des demandeurs d’emploi. 13 % sont âgés de moins de 26 ans et 51% sont âgés moins de 50 ans. 12,6 % de ces demandeurs d’emploi ont un niveau de formation supérieur au baccalauréat.

    Dans notre Sud, 29,6% des 16-25 ans sont non scolarisés 𝙚𝙩 sans emploi. La part de la population sans diplôme est de 49,6%. Seulement 15,4% de ces jeunes gens détiennent un diplôme de niveau bac+2 ou supérieur.

    Dans notre Sud, en considérant que le seuil de pauvreté est équivalent à 60% du revenu médian national, 55% de la population vit sous celui-ci, 72% de celle-ci déclare des bas revenus et 71% des habitants ont branché en continu au plis du coude une perfusion salutaire de prestations versées par la Caisse d’Allocations Familiales.

    À cela, ajoutées une drogue à foison, une gâchette facile et une impunité du diable, on pourrait presque y rajouter les champs de coton à perte de vue de l’Alabama du XIXème siècle, du gospel à s’en percer les tympans et le décor est ainsi planté !

    Sauf que nous ne sommes pas en Alabama, responsables politiques, nous sommes dans notre Sud, à Avignon, en 2026, et il faut que vos ambitions, vos incompétences, vos petits arrangements et tous vos grands renoncements cessent d’y reproduire les conditions de survie de ces états du Sud des Etats-Unis pendant le XIXème siècle.

    Il faut que vos ambitions, vos incompétences, vos petits arrangements et tous vos grands renoncements cessent de condamner ces 19 059 âmes à vivre une existence de misère et à goûter à une mort si soudaine, si violente et si injuste que même la fatalité et le mektoub n’arrivent pas à la justifier correctement.

    Il faut vraiment que tout cela cesse.

  • La culture est l’héritage de la noblesse du monde

    La culture est l’héritage de la noblesse du monde

    Une piste poussiéreuse et difforme serpentant entre des enchevêtrements de béton et de ferraille donne à ces femmes et à ces hommes la seule liberté qui leur reste, celle de pouvoir encore cheminer entre les horreurs de la guerre.

    La mort y est devenue un délice offert à l’âme qui enfin la soulage du fardeau d’une vie arabe née dans un territoire où les os y sont voués à être brisés.

    Malgré la pénurie d’informations fiables sur les conditions de survie, l’imagination n’a pas besoin de fournir un gros effort pour conjecturer sur les conséquences de cet enfer sur terre qu’est devenu le sort réservé aux Arabes de Gaza.

    Seulement, loin des yeux et loin du cœur, à la longue, c’est une compassion et c’est une susceptibilité face à ce drame qui peuvent se retrouver émoussées jusqu’à l’indifférence.

    Alors, comment poursuivre ce devoir d’informer pour que l’indignation éclairée puisse rester vivace aussi longtemps que nécessaire ?

    Le vecteur culturel, le livre, la scène, la chanson sont les seuls capables dans ces circonstances de stimuler nos consciences et d’entretenir la chaleur de nos sensibilités.

    Sauf que notre tout jeune premier magistrat de la ville et de surcroît journaliste ne semble pas en accord avec cela en osant déclarer sur les ondes de France Inter ce mardi 14 avril 2026 dans « L’invité de 07h50 » :

    « J’ai été choqué l’été dernier par une utilisation qui a pu être faite partiellement de ce festival pour évoquer notamment, de manière à mon avis un peu trop poussée la question palestinienne… Il y a parfois à l’occasion du festival des voix qui s’expriment et des drapeaux qui sortent, et je pense que la culture, c’est quelque chose qui doit rassembler et qui ne doit pas diviser… ».

    Rassembler qui ? Diviser qui ? La Palestine… qu’une question ?

    Il y a, si loin de nous, des pistes poussiéreuse et difformes sur lesquelles errent des femmes et des hommes au milieu des horreurs de la guerre, et cela pourrait ne plus nous émouvoir.

    Il y a, si loin de nous, un territoire où les os sont voués à être brisés et où la mort est devenue un délice à l’âme enfin soulagée du fardeau d’être une vie arabe née au mauvais endroit au mauvais moment, et cela pourrait ne plus nous indigner

    Olivier Galzi, André Malraux a déclaré dans un discours prononcé en octobre 1963 ; « La culture est l’héritage de la noblesse du monde » pour signifier l’importance de la culture contre «l’élément de la nuit » garantissant « la grandeur humaine et le destin du monde ».

    Quand vous aurez banni le drapeau palestinien du festival d’Avignon et que la culture deviendra l’héritage des turpitudes d’un monde davantage monstrueux, Olivier Galzi, que serez-vous devenu ? Que serons-nous devenu ?

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