• La culture est l’héritage de la noblesse du monde

    La culture est l’héritage de la noblesse du monde

    Une piste poussiéreuse et difforme serpentant entre des enchevêtrements de béton et de ferraille donnerait à ces femmes et à ces hommes la seule liberté qui leur reste, celle de pouvoir encore cheminer entre les horreurs de la guerre. De chez nous, cela peut facilement se concevoir.

    La mort y serait devenue un délice offert à l’âme qui enfin la soulage du fardeau d’une vie arabe née dans un territoire où les os y sont voués à être brisés. Cela peut aussi de chez nous aisément s’imaginer.

    Le témoignage du journaliste n’y étant plus autorisé, il ne faut pas aller bien loin en conjecture pour comprendre les conséquences de cet enfer sur terre qu’est devenu le sort réservé aux Arabes de cette bande de Gaza, véritable plaie béante en bord de Méditerranée.

    Quand plus aucun journaliste étranger n’est présent au milieu des décombres, quand toutes les infrastructures techniques y ont été détruites, c’est la couverture médiatique même des évènements qui est rendue sciemment impossible.

    Alors, c’est une compassion et c’est une susceptibilité face à ce drame à la longue émoussées. Loin des yeux, loin du cœur…

    En effet, face à ce black-out organisé et face à ce silence médiatique et journalistique ainsi entretenu, qui pour avertir, qui pour informer et qui ensuite pour s’indigner ?

    Donc, comment continuer d’avertir, d’informer et de dénoncer pour que l’indignation citoyenne puisse rester vivace aussi longtemps que nécessaire ?

    En usant et en abusant du vecteur culturel seul capable dans ces circonstances de stimuler les consciences et d’entretenir la chaleur des sensibilités.

    Sauf que notre tout jeune premier magistrat de la ville et de surcroît journaliste ne semble pas en accord avec cela en osant déclarer sur les ondes de France Inter ce mardi 14 avril 2026 dans « L’invité de 07h50 » :

    « J’ai été choqué l’été dernier par une utilisation qui a pu être faite partiellement de ce festival pour évoquer notamment, de manière à mon avis un peu trop poussée la question palestinienne… Il y a parfois à l’occasion du festival des voix qui s’expriment et des drapeaux qui sortent, et je pense que la culture, c’est quelque chose qui doit rassembler et qui ne doit pas diviser… ».

    Rassembler qui ? Diviser qui ?

    Il y a, si loin de nous, des pistes poussiéreuse et difformes sur lesquelles errent des femmes et des hommes au milieu des horreurs de la guerre, et cela peut ne plus nous émouvoir.

    Il y a, si loin de nous, un territoire où les os sont voués à être brisés et où la mort est devenue un délice à l’âme enfin soulagée du fardeau d’être une vie arabe née au mauvais endroit au mauvais moment, et cela peut ne plus nous indigner.

    Olivier Galzi, à ce moment, que serons-nous devenus ?

    André Malraux a déclaré dans un discours prononcé en octobre 1963 ; « La culture est l’héritage de la noblesse du monde » pour signifier l’importance de la culture contre «l’élément de la nuit » garantissant « la grandeur humaine et le destin du monde ».

    Que le drapeau palestinien et les autres puissent être brandis pour rappeler que la Culture façonnant nos inclinaisons intimes reste ce délicat moyen d’espérer léguer aux générations à venir un monde meilleur. Et soyons choqués de leurs interdictions et de leurs absences au festival d’Avignon !

  • Le règne fatal du sens interdit

    Le règne fatal du sens interdit

    Ce 28 mars 2026, des victorieux se sont installés en lieu et place de ces vaincus-là qui, aux affaires, du haut du château municipal, pendant douze années, ont ordonnancé le cours de la vie des Avignonnais à renfort boulimique d’interdits et de sens uniques.

    L’élection municipale de 2014 et celle de 2020 ont instauré cette aberration démocratique : le passage en force en dépit de tout.

    Des scrutins municipaux qui, au nom de la sacro-sainte légitimité du suffrage universel, ont brutalement imposé une suffocation démocratique obstruant toutes les voies favorables vers le sage mea-culpa et le non moins sage retour à la table de la concertation.

    Un simple, un humble mea-culpa aurait pu, à ces vaincus-là, prolonger de six années leur présence aux responsabilités. Qui sait ?

    Non, au lieu de cela, il y a eu à Avignon, des sachants et des souffrants sans que jamais ces sachants-là daignent considérer la récurrence des plaintes de leurs souffrants.

    Il y a eu à Avignon, de l’omniscience et de l’omnipotence au détriment du doute et du droit raisonnable à l’erreur. Allez hop, circulez, il n’y a rien à voir !

    Il y a eu à Avignon, et pour seule exception remarquée et remarquable, un milieu de culture dédié à la prolifération d’un panneau rouge barré de blanc. Allez hop, circulez, il n’y rien à revoir !

    Il y a eu à Avignon, cette douce habitude de bousculer l’administré sans vraiment se soucier des conséquences à terme.

    Et de sens interdit en sens interdit, le supplice chinois a fait son œuvre agaçant tous les jours à petite dose jusqu’à l’exaspération, jusqu’ à ce mur de colère sourde sur lequel les ambitions de ces vaincus-là sont venues se fracasser.

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